À nous deux anxiété!

Je ne sais pas pour vous, chers parents et éducateurs(trices), mais de mon côté, j’ai l’impression d’entendre plus souvent parler d’anxiété depuis quelques années. Peut-être parce qu’on la prend moins à la légère qu’autrefois, qu’on écoute un peu plus les enfants parler de leurs émotions et que l’éducation a changé au fil du temps, on s’y arrête davantage, pour le bien des petits et des plus grands. Parce que la détresse que peuvent vivre les petits est assez semblable à celle des adolescents et, même, des adultes. L’anxiété n’est pas banale, mais il est important de s’y pencher afin de trouver des solutions en tant que parents et de dédramatiser certaines situations qui pimentent notre quotidien.

Qu’est-ce que l’anxiété?

À la base, tout le monde vit de l’anxiété et a des peurs. Et c’est normal (et sain), car l’anxiété est un sentiment qui nous aide à nous protéger du danger. Un lion qui se dirigerait sur nous ou un incendie qui se déclarerait dans notre maison nous pousse à bouger et à réagir afin de nous éviter un danger réel. Aux enfants, nous pouvons comparer celle-ci à un détecteur de fumée qui sonne lorsqu’il y a de la fumée, ou à une alarme qui se déclenche pour nous indiquer d’être vigilants et de nous protéger de la source du danger. L’anxiété peut également nous nuire et nous empêcher de profiter de la vie et de beaux moments, car notre imagination peut nous jouer des tours en se créant des scénarios saugrenus qui ne risqueraient pas d’arriver (des monstres sous le lit ou un loup qui entre dans la maison) ou alors notre évaluation du danger est complètement exagérée. Par exemple, les probabilités que je me fasse attaquer par la foudre ou que mon avion s’écrase sont minces, mais notre sentiment d’inquiétude est si élevé que l’on devient presque certains que cela se produira! D’autre part, l’anxiété ne tombe généralement pas du ciel. Celle-ci peut-être due, par exemple, à de l’hérédité (même si l’anxiété ne se manifeste pas de la même façon pour tous les membres d’une même famille) ou encore à un évènement marquant et traumatisant vécu ultérieurement. Cela peut aussi être une observation ou quelque chose que l’enfant a entendu de la bouche d’un adulte signifiant pour lui. N’oublions pas que nous sommes des modèles pour nos jeunes et que ceux-ci apprennent énormément en nous imitant!

Mais encore?

Bien malgré eux, les peurs et les inquiétudes peuvent résulter un sentiment de faible confiance en soi et de dépréciation chez les petits et grands, car ces derniers se sentent vulnérables, isolés et se sentent incapables de réagir adéquatement. Malheureusement, aussi, les peurs et les paniques irrationnelles les empêchent de profiter pleinement de la vie et de vivre des expériences qui pourraient être enrichissantes et agréablement mémorables. Pourquoi? Parce que le premier réflexe d’une personne anxieuse sera d’éviter de vivre ce qui le rend inconfortable. Il fera donc tout en son pouvoir de se sauver des situations nouvelles (car la nouveauté peut être grandement anxiogène chez les petits anxieux), des imprévus et des choses qu’il ne pourra pas contrôler comme il le voudrait. Par ailleurs, dès qu’il détectera une menace, toute son attention sera portée sur ce stress au lieu de la mettre sur la tâche en cours, ou l’activité qu’il vit. L’évitement permet de faire diminuer le stress de façon rapide (et temporaire). Je vous donne quelques exemples de situations d’évitement chez les enfants :
  • Refuser d’aller dormir chez un(e) ami(e)
  • Ne pas vouloir aller à une sortie qui pourrait être agréable
  • Éviter d’aller dans un endroit où il y a un animal qu’il craint
  • Ne pas avoir envie d’aller jouer au parc parce que des araignées pourraient s’y trouver
  • S’opposer à l’inscription d’un cours ou à la pratique d’un sport, parce qu’il a peur de...
  • Refuser d’aller en classe les jours d’exposés oraux ou de dictées
Toutes ces situations qu’on évite apaisent et soulagent sur le coup, car le niveau d’inquiétude déraisonnable descend, mais elles maintiennent l’anxiété à long terme. Malheureusement, en évitant une situation, on entretient la peur et nos perceptions erronées. Plusieurs peuvent alors vivre de l’isolement social et avec des difficultés à bien fonctionner au quotidien. Le piège à éviter, selon moi, est de ne jamais s’exposer à nos défis et à nos peurs. Cela pourrait engendre un cercle vicieux qui, à force d’être vécu, sera encore plus grave. Voici deux exemples qui me viennent en tête :
  • Rosalie ne craignait pas les chiens jusqu’à ce qu’elle entende sa tante dire que ceux-ci pouvaient être agressifs. Depuis ce temps, elle craint d’aller jouer au parc ou de marcher dans la rue, au cas où elle rencontrerait un chien. Si ce cercle n’est pas brisé, Rosalie pourrait en venir à ne plus vouloir sortir de chez elle sans ses parents.
  • Simon part en voyage avec ses parents. Il en est des plus heureux, jusqu’à ce qu’il entende son père parler de sa peur d’écrasement d’avion, d’angoisse à l’idée d’y être confiné pendant de longues heures. Le petit système d’alarme interne de Simon vient d’être déclenché et ce qui rimait pour lui auparavant avec plaisir et joie rime maintenant avec danger et catastrophe.
Donc, rapidement, une méfiance peut s’ancrer chez l’enfant.

Quels sont les signes?

Comment savoir si mon enfant vit de l’anxiété? De quelles façons cela peut-il s’exprimer? Comme je l’ai mentionné plus haut, une des premières manifestations est de la résistance, un refus d’aller à un endroit ou de participer à quelque chose (piscine, école, fête, etc). Voici d’autres signes qui vous mettront la puce à l’oreille :
  • Agitation
  • Problèmes de sommeil
  • Cauchemars
  • Peur de perdre le contrôle
  • Peur de devenir fou
  • Irritabilité
  • Pleurs
  • Sentiment d’être incompris
  • Symptômes physiques : maux de tête ou de ventre, nausée, vomissement, palpitations, sueurs, douleurs à la poitrine, irritation de la peau
  • Hyperventilation
  • S’accrocher à son parent
  • Dépréciation de soi
Comme je l’ai aussi spécifié plus haut, le meilleur moyen pour maintenir cette anxiété en place est d’éviter la source de « danger ».

Alors, quelles sont les solutions?

Les mieux formés pour outiller les parents et leurs enfants demeurent les psychologues. Je vous encourage donc à aller consulter afin d’avoir l’heure juste et de garnir votre coffre à outils de trucs et d’outils pour bien intervenir selon le profil de votre enfant. Au fil du temps, en tant qu’enseignante, j’ai eu à intervenir avec des élèves anxieux. Chez les plus jeunes, les premières semaines d’école sont parfois éprouvantes et les larmes ne sont pas rares. « Et si mes parents ne venaient pas me chercher? » « Et si l’autobus partait sans moi? » « Et si je n’ai pas d’amis sur la cour d’école? » J’ai aussi côtoyé des élèves qui craignaient l’heure de leur dictée hebdomadaire ou de leur exposé oral.« Et si je n’y arrive pas? » « Et si je deviens rouge et que tout le monde rit de moi? » Et si... Et si...

Et si on prenait le temps de jaser avec notre enfant? 

Écoutez-le, laissez-le parler, ne banalisez pas ses symptômes physiques, car ils sont bien réels et, par la suite, posez-lui des questions simples. Karine Trudel, une autre blogueuse complice du blogue des Belles Combines, fournit dans son dernier article des exemples de discussions que vous pourriez avoir avec votre enfant. Cela se traduit par des questions du genre :
  • Quelle est la pire chose qui puisse t’arriver?
  • Quelles sont les chances que cela se produise?
  • Qu’est-ce qui se produirait si cela arrivait?
  • Es-tu capable de réagir adéquatement si cela arrive?
  • Est-ce qu’il se pourrait que tu exagères un peu la situation?
S’il est difficile pour votre enfant de bien exprimer la façon dont il se sent, il peut le dessiner.

Techniques de relaxation

Il existe plusieurs façons de se relaxer grâce à des techniques de respiration et de relaxation de chacune des parties du corps et des muscles (en les contractant très fort et en les relâchant, par exemple). Vous pouvez en trouver sur Internet, sur CD ou le diriger vous-même en lui donnant des instructions précises. Cela lui permettra aussi de connaitre toutes les parties de son corps. Le yoga peut également aider votre enfant à mieux respirer et à l’amener à se détendre avant un évènement inquiétant. Le masser, lui flatter le dos peut aussi l’aider à trouver un apaisement. En classe, pour mes élèves agités ou anxieux, je leur offre de la lavande que je leur applique à l’aide d’un petit applicateur à bille. La plupart m’en redemande!  

L’exposer, un peu, lentement, mais sûrement...

Pour arriver à diminuer la peur et la méfiance excessive d’une situation, il est conseillé d’exposer la personne à faire face à ce qu’elle craint doucement, tranquillement et graduellement. Commencez par de courtes périodes et augmentez le temps d’exposition lorsque vous sentez que votre enfant gère mieux ses peurs. Surtout, félicitez-le! Avec de la patience, votre enfant prendra confiance en lui. Sa méfiance ne se dissipera peut-être pas totalement, mais il arrivera à mieux gérer les moments où l’anxiété surgit, car il sait comment s’y prendre pour la surmonter et sa raison prendra le dessus sur son imagination. Il gagnera ainsi de la confiance en lui, du même coup.

Une routine bien établie

En classe, les enfants sont habitués à une routine quotidienne. Les plus anxieux s’y sentent rassurés grâce à elle, car ils savent ce qui s’en vient dans la journée et cela les sécurise. À la maison, la routine et la constance dans les interventions demeurent des outils précieux pour l’encadrement des enfants plus insécures. Ceci dit, une flexibilité est de mise, pour démontrer aux enfants que des évènements inattendus peuvent arriver, mais si la base de la routine établie reste sensiblement la même, l’enfant se sentira en sécurité et n’aura pas tendance à faire de crises. Il en est de même de l’intervention des parents et des intervenants qui gravitent autour de lui. Il est rassurant pour un enfant d’être avisé clairement des conséquences des comportements inappropriés et appropriés.

Qu’est-ce qu’on évite?

  • Tarder à appliquer une conséquence en cas de mauvais comportement
  • Exposer l’enfant de façon drastique à ce qui l’angoisse (ex : l’amener dans le plus gros manège de La Ronde, alors qu’il manifeste des craintes à l’idée d’en faire un seul)
  • Ignorer ses symptômes physiques, car ceux-ci sont réellement ressentis
  • Surprotéger notre enfant en évitant les éléments anxiogènes
  • Manifester son exaspération et sa colère lorsque notre enfant a peur
  • Minimiser les craintes que notre enfant nous partage
En terminant, je vous laisse sur une échelle de stress développée par David Elkind, psychologue et professeur d'université américain, spécialisé en psychologie du développement. Vous serez en mesure de mieux évaluer les possibilités de réaction face à un changement important chez votre enfa   nt.

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