Les bienfaits du Conseil de famille: entrevue avec Danielle Jasmin

28 August, 2017

Le conseil de coopération est la rencontre hebdomadaire (ou bihebdomadaire avec les plus jeunes) de tous les enfants avec leur enseignante pour parler de la vie commune dans cette mini-société qu’est la classe.

  • On y propose des projets : Quel nom de classe allons-nous choisir? Comment connaitre davantage notre quartier? Quelles activités allons-nous faire pour l’Halloween?

  • On y décide des règles de vie de classe : Je lève la main pour demander la parole, j’attends mon tour, je fais un message clair pour dire comment je me sens, je fais des excuses ou une réparation si je blesse quelqu’un, j’aide celui ou celle qui en a besoin, etc.

  • On cherche ensemble des solutions à des problèmes : Le rangement est trop long, certains enfants se plaignent de harcèlement, il y a trop de bruit lors des ateliers, etc.

Les Belles Combines ont adapté votre ouvrage afin de créer le Cahier Conseil de famille. Selon vous, quels sont les bénéfices de cet outil?

  • D’abord, les parents montrent aux enfants que la coopération, l’honnêteté, la bienveillance, l’entraide, le partage et l’expression, entre autres, sont des valeurs privilégiées. Les enfants vivront concrètement ces valeurs et pourront ainsi les intégrer.

  • Cela rend la vie de famille vraiment plus agréable, car on la gère de façon démocratique, davantage humaniste, sans autoritarisme ou, au contraire, de laisser-faire. Dans la maison, on remarque moins de cris et de chicanes, plus de politesse, des parents moins fatigués, des enfants plus bienveillants, etc.

  • Cela libère les épaules des parents d’un certain poids, car on y partage les tâches et les responsabilités. Mais surtout, ils n’ont pas à solutionner tous les problèmes. On responsabilise ainsi les enfants qui passeront du « chialage » à des propositions de solutions.

Voici un exemple concret de l'utilisation du Conseil de famille:

Un enfant vient se plaindre à son père que son grand frère prend toujours la manette de la télévision. Au lieu d’intervenir, le père peut simplement dire : « Je vois que tu es très frustré. Je comprends que c’est vraiment désagréable. Je t’invite à aller écrire sur la feuille du prochain conseil de famille : « Je veux parler de la manette de télé. » On cherchera ensemble une solution. En attendant que le conseil de famille vous aide, essayez de trouver une solution. »

  • Cela développe la tolérance, car l’enfant qui réclame immédiatement une réponse ou une intervention de la part d’un des parents devra différer la satisfaction de ce besoin jusqu’au prochain Conseil de famille. S’il y a urgence, le parent peut intervenir et décider, mais en spécifiant bien qu’il le fait de façon temporaire en attendant le prochain conseil qui, lui, donnera la décision finale.

  • Cela permet de savoir comment va la famille de façon régulière : - Qu’est-ce qui va bien? - - Qu’est-ce qui va mal, un peu, beaucoup? (N’ayons pas peur des mots!) - Quel projet de famille pouvons-nous réaliser?

Quels conseils donneriez-vous à des parents qui souhaiteraient vivre l'expérience du Conseil de famille?

  • Prenez le temps de discuter avec votre conjoint.e et surtout de lire sur le sujet. Il est évident que vous n’improviseriez pas un voyage à Walt Disney. De même, votre premier conseil doit être préparé pour réussir à atteindre votre objectif de rendre la vie de famille plus agréable, moins essoufflante.
  • Avant d’instaurer un Conseil de famille, lors d’un souper, faites un petit bilan : à tour de rôle, chacun nomme une chose qui va bien dans la maison puis, au deuxième tour, chacun nomme une chose qui va moins bien. Cela fait du bien de voir les deux faces de la vie familiale. Vous pourrez alors annoncer aux enfants que dimanche prochain, à 10h (par exemple), vous ferez une réunion pour trouver des solutions à ce qui ne va pas très bien.

Lors de votre premier conseil, informez vos enfants que:

  • Vous désirez faire une courte rencontre hebdomadaire pour parler de la vie de famille et prendre des décisions ensemble pour que ce soit plus agréable pour tous.
  • Cela s’appelle « faire un conseil de famille ».
  • Vous le faites parce que vous croyez que la coopération, la discussion et le respect sont de meilleurs moyens de rendre plus agréable la vie dans la maison.
  • Commencez par un sujet agréable : décidez ensemble de la prochaine sortie ou journée de congé, la prochaine soirée cinéma, une fin de semaine en visite chez les grands-parents, la décoration de la maison pour une fête, etc. Puis, abordez un sujet qui permettrait une vie de famille plus harmonieuse comme le partage des tâches.
  • Insistez sur le principe que les décisions se prennent par consensus et non par vote selon la majorité; cela n’aurait pas de sens dans une famille de 4, 5 ou 6 enfants. Accepter un consensus veut dire que, même si on n’est pas vraiment d’accord avec la solution proposée, on accepte de l’essayer durant une ou deux semaines parce qu’on veut que ça aille mieux dans la famille.
  • Acceptez une proposition pas très réaliste (mais acceptable) de la part d’un enfant pour lui donner confiance et pour montrer votre bonne volonté.
  • Donnez-vous le droit de vous tromper, car on sait maintenant que faire des erreurs est une des meilleures façons de continuer à développer son intelligence! Avouer que vous vous êtes trompé est un bel exemple pour vos enfants. Je dis toujours que, si on veut être parfait, il faut déménager sur la planète des Parfaits! Pour moi, la recherche de la perfection ou vouloir donner son 110% ne fait pas partie de mes valeurs. Faire de son mieux, alors, là, OUI!

Quelle différence faites-vous entre l'entraide et la coopération?

On s’entraide lorsque nous mettons nos talents ou compétences au service les uns des autres. Par exemple, pendant que je change une prise de courant, mon conjoint prépare le repas. On s’entraide lorsqu’on partage des tâches à faire dans la maison. Faire sa chambre, ranger ses jouets, desservir la table, ce n’est pas être coopératif, mais c'est très aidant pour la famille.

On coopère lorsque nous travaillons ensemble pour atteindre un but commun. Ainsi, si vos enfants veulent se construire une cabane à partir de la boite de carton du réfrigérateur et qu'ils y travaillent tous ensemble, c’est de la coopération. Si tous aident à préparer le pique-nique afin d’avoir plus de temps pour jouer dans le parc avant de manger, c’est aussi de la coopération.

Que répondez-vous aux parents qui disent manquer de temps pour instaurer ce genre de système à la maison?

À chaque semaine, combien d’heures de votre vie consacrez-vous à faire l’arbitre dans un conflit, à répéter les mêmes consignes, à faire des tâches parce qu’elles n’ont pas été faites ou à régler des chicanes? Au moins 15 minutes par jour?

L’expérience démontre que la période de 30 minutes par semaine passée en Conseil de famille vous donnera éventuellement plus de temps libre. Vous voulez aussi faire la promotion des valeurs qui vous tiennent à cœur. Vous voulez également former des citoyens engagés, bienveillants et responsables qui proposent des solutions au lieu de chialer. Mais surtout, instaurer un Conseil de famille vous permettra de vivre dans une maisonnée où il y a moins de crises, plus de politesse et d’harmonie. Les conflits n’arrêteront pas, car nous ne sommes pas des robots. Cependant, la façon de gérer les chicanes sera différente, les enfants exprimant de plus en plus leurs sentiments au lieu d’utiliser des mots blessants ou des jugements. C’est un investissement à court, moyen et long terme.

Vous êtes maintenant à la retraite, mais si c'était à refaire, adopteriez-vous les mêmes valeurs et approches coopératives?

Absolument. Les valeurs de coopération, de respect, de responsabilisation et d’entraide, entre autres, font partie intégrante de ma vie quotidienne, je ne saurais vivre sans elles. Je vois l’effet de l’écoute active sur les personnes autour de moi, des membres de ma famille à mes amis, en passant par le laveur de vitres, l’enseignante de ma petite nièce ou l’organisateur d’une fête, par exemple. Je veux vivre dans un monde dans lequel ces valeurs sont partagées par un nombre grandissant de personnes. 

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***Nous remercions Danielle Jasmin, enseignante québécoise ayant consacré sa vie aux enfants. Mme Jasmin est l’auteure du livre Le Conseil de coopération (Éd. La Chenelière) destiné à la classe et dans lequel elle a actualisé les principes de la pédagogie Freinet. Cet ouvrage a largement inspiré nos publications.

 

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